Murdith Donald « Don » Smoke, un aîné de la Première Nation d’Alderville et un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, a récemment évoqué en entrevue les expériences familiales, religieuses et de service qui ont jalonné ses cent ans de vie. Le 24 février 2026, sa famille, des membres de sa communauté et des porte-parole de l’armée lui ont rendu hommage lors d’une fête soulignant son 100e anniversaire. La cérémonie, organisée par sa fille, Marsha Smoke, et sa famille, a notamment été marquée par le survol d’un C-130 de l’Aviation royale canadienne en provenance de la 8e Escadre de la base de Trenton, située à proximité.

Le service militaire
Don Smoke n’avait que 17 ans et vivait à Toronto lorsqu’il s’est enrôlé et a été envoyé à Petawawa, en Ontario, pour suivre une formation militaire. Il faisait partie des quelque 3 000 membres des Premières Nations qui ont été mobilisés, aux côtés d’un nombre indéterminé d’Inuit, de Métis et d’autres peuples autochtones. M. Smoke a servi en Belgique et aux Pays-Bas pendant la libération, vers la fin de la guerre. Avec le recul, il décrit cette période comme une époque marquée par la transition de l’occupation à la paix et par les amitiés nouées alors que les gens commençaient à reconstruire leur vie.
« Quand je repense au temps que j’ai passé là-bas, ce n’était pas vraiment un conflit armé; il s’agissait plutôt d’une mission de libération, a-t-il déclaré. Nous nous sommes mêlés à la population locale. Je me suis fait beaucoup d’amis et j’ai reçu des lettres de certains d’entre eux après mon retour chez moi. »
Le travail et l’éducation
De retour au Canada, Don Smoke s’est consacré à sa vie professionnelle et familiale. Au fil des années, il a travaillé dans une tannerie, comme mécanicien, dans une scierie et dans une fonderie avant de rejoindre General Motors, où il est resté 30 ans, jusqu’à sa retraite en 1981. « Je cherche toujours un emploi, a-t-il plaisanté, mais personne ne veut m’embaucher. »
Ce sens de l’humour va de pair avec un sentiment de gratitude et une solide éthique de travail. M. Smoke a expliqué qu’une grande partie de son éducation s’était faite en dehors des salles de classe, en œuvrant avec des personnes issues de milieux très divers. Ce qui lui a manqué dans le cadre scolaire, il l’a acquis grâce à l’expérience, au travail acharné et à ses relations avec les autres.
« Quand on vit loin de la communauté autochtone, on travaille avec des gens de tous horizons, a-t-il déclaré. Pour moi, c’est en demeurant dans le monde et en côtoyant différentes [personnes] que j’ai en quelque sorte reçu mon éducation. »
La vie familiale
Pour M. Smoke, la signification d’un siècle de vie réside moins dans la reconnaissance publique que dans les liens qu’il a tissés avec les personnes qui lui sont les plus chères. « Ce qui compte le plus pour moi en ce moment, c’est ma famille », a-t-il précisé.
Don Smoke et son épouse, June, ont élevé huit enfants. Elle est décédée en 1985, mais la maison familiale reste un lieu de rassemblement pour leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs arrière-petits-enfants et leurs arrière-arrière-petits-enfants.
La fille de Don Smoke, Marsha Smoke, chef régionale de la Première Nation des Anishinabes
du Sud-Est, décrit comment l’héritage de son père perdure à l’église, au sein de sa collectivité et dans leur famille : « Je ne pense pas que les gens qui affirment le connaître savent à quel point il apporte un sentiment d’appartenance et une force à cet environnement. Car mon père n’est pas seulement frère Smoke, un grand prêtre [à l’église], mais c’est aussi notre ancien combattant, notre aîné et notre patriarche, dans notre famille et notre communauté. »
Ai-je fait du bien aujourd’hui?
Don Smoke a déclaré que sa vie avait été ponctuée « de jours sombres et de jours radieux », mais qu’il s’était efforcé de mettre à profit ses expériences pour aider les autres à éviter des épreuves inutiles.
« Je me réveille le matin ou je me couche en me demandant : “Ai-je fait du bien aujourd’hui?”, a-t-il confié. C’est peut-être juste un petit geste, mais je tente de faire quelque chose de positif, quelque chose de bien. »
Fort de cette philosophie, il ajoute : « Je pense qu’on peut ainsi créer un meilleur cadre de vie, un monde meilleur pour soi-même et pour ceux et pour celles que l’on côtoie. »
Cette question quotidienne reflète à la fois sa vision personnelle et sa foi. Frère Smoke s’est joint à l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours en 1972. Il a déclaré que sa foi avait contribué à façonner ses engagements envers Dieu, le mariage, la famille et le service. Il a décrit la foi et la famille comme indissociables
« Chaque matin et chaque soir, je prie pour exprimer ma gratitude et rendre grâce pour les principes du mariage et pour la manière dont on traite sa famille et ses amis, a-t-il précisé. [Cela fait] partie de la règle d’or : aime le Seigneur, ton Dieu, et aime ton prochain, ta famille. »
L’identification aux Premières Nations
Marsha Smoke a expliqué que la vie de son père témoignait à la fois de son engagement au sein de l’Église et de son attachement profond aux enseignements traditionnels et au fonctionnement de la communauté autochtone. Les membres de la famille Smoke se sont appliqués à rester sur « le chemin étroit » en respectant leurs croyances spirituelles et leur identité en tant que membres des Premières Nations.
Pour la famille et la communauté de frère Smoke, son long parcours fait partie de son héritage. C’est également un rappel que les histoires des anciens combattants des Premières Nations ne constituent pas seulement des récits militaires. Ce sont des anecdotes de famille, des histoires communautaires et des récits d’identité, de culture et d’appartenance transmis de génération en génération.
Quelques mots à l’attention de la jeune génération
La cérémonie organisée à l’occasion du 100e anniversaire de Don Smoke a été l’occasion de rendre hommage à son engagement pendant la guerre. Elle lui a également permis de réfléchir à ce qu’il souhaite que les jeunes générations comprennent.
« Soyez optimistes, apprenez et tirez le meilleur parti de la situation, a-t-il conseillé. On fait des erreurs ici et là, mais parfois, quand on y réfléchit, on en peut tirer des leçons. » Il espère que les jeunes retiendront que « quand on tombe à plat ventre, on a aussi la force de se relever et d’aller de l’avant ».
Après un siècle de vie, Don Smoke ne définit pas son legs en termes grandiloquents. Au contraire, il s’exprime en tant que père, travailleur, ancien combattant, aîné et disciple de Jésus-Christ, en mettant l’accent sur le bien que l’on peut accomplir chaque jour.
« On cherche des occasions, a-t-il conclu, et elles se présentent sous la forme d’une petite action qui nous permet d’aider quelqu’un à notre manière. »
Pour Don Smoke, prendre soin de sa famille et de sa communauté n’est pas une affaire du passé. À 100 ans, cela fait toujours partie de son quotidien.
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