Commentaire

Hommage au foyer : Pourquoi les sociétés ont besoin de familles fortes

« Dans les décennies à venir, les cultures qui préservent la place de la famille connaîtront le succès. »[1] — Joel Kotkin

Une maison en désordre

Nous l'entendons tout le temps : « La famille est la cellule de base de la société. » Mais en tant que société, réfléchissons-nous vraiment à ce que cela signifie? Les liens entre mari et femme, et entre parents et enfants, sont si solidement ancrés dans l'histoire et la vie que nous les tenons souvent pour acquis jusqu'à ce que, comme cela arrive parfois, ces liens se brisent. Comme le montre un solide corpus de recherches, rien ne peut remplacer la manière dont cette institution crée et développe les relations humaines. La famille n’est plus, et n’a jamais été, quelque chose qui est simplement « acquis ». Comme tous ceux qui s’y sont essayés le savent, élever une famille et construire un mariage sont des défis de taille. Toutefois, ce n'est pas seulement la santé de la famille individuelle qui est en jeu, c'est aussi une question de prospérité et d'avenir pour la société.

Les spécialistes des sciences sociales sont d’accord pour dire que tout ne va pas pour le mieux dans la famille et le mariage. Un rapport récent sur un sondage au niveau national a pris le pouls : « Les parents américains se font du souci. »[2] Et comme le montre ce rapport, le souci pour le déclin de la famille s'inscrit dans « une perception plus large que nos villes sont moins sûres, que notre éthique du travail a diminué, et que la vie religieuse et spirituelle aux États-Unis est en perte de vitesse. »[3]

Ces institutions que sont la famille et le mariage s'usent. Le taux des mariages continue de baisser.[4] Les couples qui se marient aujourd’hui ont de 40 à 50 % de risques de divorcer ou de se séparer.[5] L’union libre est devenue courante[6] et lorsqu'il y a des enfants, il y a plus de ruptures que de mariages.[7] Environ 41 % des naissances sont hors mariage[8] et pour la première fois plus de la moitié des grossesses chez les femmes de moins de trente ans se produisent hors mariage.[9] Les institutions qui sont censées apporter la sécurité sont devenues source d'insécurité. Pas moins de 44 % des personnes appartenant au groupe d’âge des millénaires sont d'accord pour dire que le mariage est « démodé ».[10]

Qu’est-ce que tout cela laisse présager? La santé du mariage a aussi des répercussions économiques. Selon Pew Research, « au cours des quatre dernières décennies, les adultes mariés ont réalisé des gains économiques supérieurs à ceux des adultes non mariés ».[11] En outre, les enfants vivant dans des foyers monoparentaux courent plus de risques de vivre dans la pauvreté.[12] Mais les enfants des familles biparentales du monde entier ont tendance à avoir de meilleurs résultats scolaires que ceux qui vivent avec un seul parent ou sans parent.[13] Bien sûr, toutes les familles ne se ressemblent pas, et il faut un engagement commun et le soutien de la communauté pour que les meilleurs d'entre elles fonctionnent.

Le mariage et les enfants — aujourd’hui et dans l’avenir

Si la société est bénie par la contribution de citoyens vertueux de tous les horizons, la recherche montre que les gens mariés ont tendance à être plus heureux, en meilleure santé et plus productifs, et qu'ils offrent le meilleur environnement pour élever des enfants.[14] Les enfants élevés par leurs parents biologiques mariés sont moins exposés à la pauvreté, au crime et à la délinquance, et ils consomment moins de drogue et d'alcool. Ils sont mieux éduqués et sont plus susceptibles de se marier. Leur santé mentale est meilleure en comparaison avec les enfants issus d’autres systèmes familiaux.[15]

La présence d’enfants dans les familles et les communautés implique la responsabilité de leur prise en charge, encourage la productivité, crée une orientation vers l'avenir et pousse les individus à sortir de leurs besoins égoïstes. Bien que tous les couples n’aient pas d’enfants, que ce soit par choix ou en fonction des circonstances, les enfants nous rappellent que l’épanouissement humain va bien au-delà du bonheur présent. Heureusement, aux États-Unis, la plupart des enfants nés de couples mariés grandiront dans une famille intacte.[16] Ce qu'un dirigeant spirituel a dit un jour est toujours d'actualité : « La plus grande œuvre que nous ferons jamais se situe dans notre foyer. »[17]

Mais que se passe-t-il lorsque les enfants ne sont plus inclus dans les plans et les schémas de vie? La réponse n'est pas seulement des familles plus petites, mais des populations moins nombreuses. Le taux des naissances est en chute dans de nombreux pays partout dans le monde, y compris aux États-Unis. La baisse des taux de natalité fait qu'il est difficile pour de nombreux pays asiatiques et européens, par exemple, de remplacer une génération par une autre. Un rapport intitulé La montée de l'après-famille — un état dans laquelle « la famille n’est plus l'élément central de l'organisation de la société » — décrit une « grande partie de la population » dans le monde « qui n'a pas de descendance ». En choisissant de ne pas avoir d’enfant, ces gens « sont peut–être moins centrés sur ces choses nécessaires qui assureront un avenir meilleur aux prochaines générations ».[18] L’état de la famille est lié à toute une série de problèmes de société, notamment démographiques, économiques et sociologiques.

Les familles stables en tant qu'unions coopératives

Certains peuvent penser que tout ce qui relève de la famille est uniquement personnel, détaché de la société environnante. La famille ou le mariage d'une personne ont-ils vraiment une incidence sur ceux des autres? La réponse est un oui catégorique. Personne ne vit isolé. Un rapport sur le mariage aux États-Unis nous dit ceci : « Le mariage n’est pas uniquement une affaire privée; c’est aussi une institution sociale complexe. Le mariage entretient aussi des petites unions coopératives, que l’on appelle des familles stables, et elles permettent aux enfants de s'épanouir, consolident les collectivités, et aident les membres de la famille à réussir dans les périodes fastes et à surmonter les mauvais moments. »[19]

David Brooks, du New York Times, va plus loin en expliquant qu’accorder trop de liberté n’apporte pas forcément aux gens ce qu’ils désirent. ll affirme plutôt que les individus sont mieux servis « lorsqu'ils sont enveloppés dans des engagements qui transcendent le choix personnel — des engagements envers la famille, Dieu, le métier et le pays. »[20].

Aucun d'entre nous ne naît simple individu. Nous venons au monde avec un réseau de relations, de liens et d'obligations préexistants, tant familiaux que civils. Edmund Burke, cet homme d’État du dix-huitième siècle, affirmait que la société agit en « partenariat non seulement entre ceux qui sont en vie, mais aussi entre ceux qui sont en vie, ceux qui sont morts et ceux qui vont naître ».[21] Selon le rabbin orthodoxe Meir Soloveichik, la famille fonctionne sensiblement de la même façon. « Le mariage, c’est la continuité et la transmission. »[22] Le travail difficile et humble qui consiste à construire et à fortifier les relations familiales vaut la peine d’être entrepris non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour le bien de tous.

Si ces tendances se maintiennent…

Si les tendances actuelles se poursuivent, à quoi ressemblera la famille dans dix ou vingt ans? Quel avenir attend nos enfants, nos jeunes, nos quartiers et nos relations civiques ? Il s'agit de problèmes graves qui doivent être abordés — non pas lorsque la crise aura complètement éclaté, mais dès maintenant. Il est particulièrement difficile pour les sociologues de faire des projections sur l’avenir. Le futur n’est pas figé; la société a des passages à vide, mais elle s’en relève. Toutefois, compte tenu de la trajectoire actuelle, l'avenir paraît plutôt sombre pour de nombreux enfants américains.

Le démographe Joel Kotkin tient le même raisonnement : « Il est temps que nous prenions en considération ce que signifie une population vieillissante, de plus en plus dépourvue d'enfants, et dont la croissance est plus lente. Puisque les jeunes Américains évitent de fonder leur propre famille, ils contribuent à augmenter le déséquilibre entre les plus vieux qui partent à la retraite, c’est-à-dire leurs parents, et ceux en âge de travailler [ ...] créant ainsi une culture marquée par un hyper individualisme et une dépendance envers l'État à mesure que la famille s'érode. »[23] Qualifiant la famille de « véritablement indispensable », Kotkin affirme que la fortifier est un « un argument que nous devons défendre en tant que société, plutôt que de compter sur la nature pour suivre son cours. »[24]

Cette discussion sur la famille est bien plus qu’un exercice numérique; c’est de la vie et des espoirs d’un peuple qu'il s’agit. Ces dérives sociétales ne doivent pas être notre destinée. Pourtant, comme l’a fait remarquer récemment un commentateur, de telles tendances généralisées « ne peuvent être inversées que par la lente accumulation de choix individuels : c’est ainsi que se produisent en fin de compte tous les redressements sociaux et culturels. »[25]

[1] Joel Kotkin et Harry Siegel, « Where Have All the Babies Gone? » The Daily Beast, 19 février 2013.

[2] Carl Desportes Bowman, James Davison Hunter, Jeffrey S. Dill, Megan Juelfs-Swanson, « Culture of American Families », Executive Report, Institute for Advanced Studies in Culture, 2012.

[3] Ibid.

[4] U.S. Census Bureau, « America’s Families and Living Arrangements », Current Population Reports, 2011, Table A1.

[5] Paul R. Amato et Stacey J. Rogers, « Do Attitudes Toward Divorce Affect Marital Quality? » Journal of Family Issues, 20,1999, p. 69-86.

[6] Sheila Kennedy et Larry Bumpass, « Cohabitation and Children’s Living Arrangements: New Estimates from the United States », Demographic Research, 19, 2008, p. 1663-92. De même, des données récentes du National Center for Health Statistics du ministère américain de la santé et des services sociaux démontrent la tendance croissante de la cohabitation. Voir Linda et Richard Eyre, « The Cancerous Curse of Cohabitation », Deseret News, 24 avril 2013.

[7] Kay Hymowitz, Jason S. Carrol, W. Bradford Wilcox, Kelleen Kaye, Knot Yet: The Benefits and Costs of Delayed Marriage in America, 2013, p. 10.

[8] Elizabeth Wildsmith, Ph.D., Nicole R. Steward-Streng, M.A., Jennifer Manlove, Ph.D., « Childbearing Outside of Marriage: Estimates and Trends in the United States », Child Trends, Research Brief, 2011.

[9] Ibid.

[10] Joel Kotkin et Harry Siegel, « Where Have All the Babies Gone? » The Daily Beast, 19 février 2013.

[11] Pew Research Social & Demographic Trends, « Women, Men, and the New Economics of Marriage » 19 janvier 2010.

[12] Federal Interagency Forum on Child and Family Statistics, America’s Children in Brief: Key National Indicators of Well-Being, 2012, Washington, D. C., U.S. Government Printing Office, 2012.

[13] Laura H. Lippman, W. Bradford Wilcox, World Family Map 2013: Mapping Family Change and Child Well-Being Outcomes, An International Report from Child Trends.

[14] See Linda J. Waite et Maggie Gallagher, The Case for Marriage: Why Married People Are Happier, Healthier, and Better off Financially, 2000.

[15] Ibid.

[16] W. Bradford Wilcox, « The Evolution of Divorce », National Affairs, automne 2009, p. 88.

[17] Harold B. Lee, Strengthening the Home, brochure, 1973, p. 7.

[18] Joel Kotkin, Anuradha Shroff, Ali Modarres, Wendell Cox, Zina Clapper, The Rise of Post-Familialism: Humanity’s Future, 2012, p.1, 24.

[19] Institute for American Values, The National Marriage Project, The State of Our Unions: Marriage in America, 2012, sommaire de gestion.

[20] David Brooks, « The Age of Possibility », New York Times, 15 novembre 2012.

[21] Edmund Burke, Reflections on the Revolution in France, 1790.

[22] David Brooks, « The Orthodox Surge », New York Times, 7 mars 2013.

[23] Joel Kotkin et Harry Siegel, « Where Have All the Babies Gone? » The Daily Beast, 19 février 2013.

[24] Ibid.

[25] Ross Douthat, « More Babies, Please », New York Times, 1er décembre 2012.

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